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Une bien belle personne…

29 Déc

L’année 2016 va bientôt s’achever. C’est le moment de penser aux personnes du quartier qui nous ont quittés cette année. Parmi celles-ci, il en est une à qui je tiens à rendre ici un hommage tout particulier et amplement mérité. ..

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Madeleine TREDEZ nous a quittés le 4 novembre de cette année 2016. C’est une perte pour sa famille, ses proches, ses amis… et pour moi !

Mignonne, jeune fille, elle l’était ; plus tard, elle devint une vieille dame pleine de charme, au regard malicieux et vif, jusqu’au bout.

Bon nombre d’entre vous ne l’ont pas connue mais, à eux je dirai : n’hésitez pas à lire ces quelques lignes car elle fut, moralement aussi – tout comme son époux qui tira sa révérence avant elle – une bien belle personne, à tous égards, belle à l’intérieur, belle à à l’extérieur… Or c’est toujours positif de côtoyer un être d’exception : l’on s’enrichit toujours à son contact, l’on apprend, l’on tente de s’améliorer … Un être exemplaire, c’est ce qui me semble aussi la résumer !

A une époque où certains politiques – et parfois même de membres du milieu associatif – nous déçoivent, il est revigorant – et le mot est encore faible – de pouvoir montrer en exemple une telle personne.

Par délicatesse, avant de faire paraître dans ce blog ces quelques lignes à son sujet, j’avais fait part de ce projet à ses 2 enfants ; voici un extrait de la réponse récente de sa fille, Dominique : « …. que dire ? beaucoup d’émotion en te lisant…. Elle n’aurait pas voulu tant de compliments et en aurait été très gênée  !… » Gênée, sans doute, je veux bien le croire car elle était d’une humilité indéniable, pas du tout à la recherche des honneurs, uniquement aux service des autres, par une indéfectible action, sans bruit mais toujours dans l’efficacité. Mais, en revanche, elle m’aurait sans doute rejoint sur le fait qu’un bel exemple peut générer et inspirer de beaux comportements. Donc, ne nous privons pas de faire connaître le magnifique exemple qu’a été celui de la vie de Madeleine TREDEZ et disons-nous que, même disparue, elle va pouvoir, notamment par le rappel de ce qu’elle était mais aussi de ce qu’elle n’était pas, continuer à irradier de sa bonne influence…

Discrète et efficace – d’une efficacité tranquille -, elle a œuvré, avec son époux, au sein de la Camaraderie – la Cama, comme nous disions tous – afin que des activités récréatives, animées avec toutes ses forces et de tout son cœur – épaulée en cela, comme nous ne le répéterons jamais assez par son mari – soient offertes, le jeudi après-midi, puis le mercredi après-midi, mais aussi durant les vacances scolaires, aux enfants de notre quartier, notamment à ceux qui en avaient le plus besoin. Elle était un bon génie, une félicité pour ces jeunes, encadrés dans le bon sens du terme .Dans son quartier, dans la vie de tous les jours, là aussi, une même disponibilité, un sens de l’écoute bienveillant et rempli d’humanité ; bref, une voisine comme nous aimerions tous en avoir !.

Si elle se dépensait sans compter pour nos enfants, elle n’oubliait pas ceux d’un autre continent, africain, pour être plus précis, et elle se mobilisait, année après année, pour les enfants du Sénégal avec des recettes tant nécessaires et tant attendues là-bas…

A ses obsèques, le 10 novembre, tous les présents étaient émus tant ils se remémoraient les bons moments passés en sa compagnie.

La tentation est forte de vous en parler plus longuement mais je voudrais m’effacer et laisser la parole à ses deux enfants, Dominique et Alain, qui nous ont fait frissonner, lors des obsèques de leur Maman,  par les mots qu’ils ont su trouver et qui nous la résumaient si justement. La tristesse de la séparation laissa alors la place au souvenir – aux souvenirs ! – au défilé des images ; bref, nous étions en train de comprendre – mais en avions-nous douté un seul instant au préalable ? –  que, bien que partie physiquement, Madeleine TREDEZ resterait vivante pour toujours dans nos têtes et dans nos cœurs, son histoire devenant alors inextricablement mêlée à la nôtre..

Son fils Alain s’exprima en premier, en lisant, la voix parfois difficilement au rendez-vous, tant l’émotion l’étreignait, le texte suivant :

« C’est bon que vous soyez là autour d’elle. Vous êtes sa chaleur humaine prolongée, et on vous aime pour çà. Je vais vous parler quelques minutes pour lui rendre hommage, mais en réalité, c’est vous tous qui allez vous exprimer. Vous, c’est à dire la centaine de témoignages écrits ou oraux reçu cette semaine de veille, et tout à l’heure Dominique parlera pour nous deux avec son cœur. Partager vos pensées et émotions fait de ce moment de peine un enrichissement mutuel comme elle les aime. Nous n’avons pas beaucoup de temps pour cela, alors nous avons rassemblé les idées forces pour nous serrer et nous sentir encore au chaud auprès d’elle. Beaucoup l’appellent Madame Trédez, dans la famille c’est Tante Madeleine ou Mamie, et ce Mamie est devenu depuis longtemps le nom affectueux naturel pour la plupart de ceux qui la connaissent. On finissait par la croire indestructible, Mamie, mais elle porte depuis 40 ans cette croix de douleur dont le nom seul est un fardeau : polyarthrite rhumatoïde, et traversé de terribles épreuves qui l’ont usée. On a tous eu bien pitié d’elle, on l’a tous admirée pour son courage et sa bonne humeur plus forts que les méchancetés de la vie. Il lui suffisait d’être entourée pour surmonter la douleur, mais l’usure a gagné du terrain. Notre « Mamiecourage » est partie à bout de forces, mais moralement debout, bien assistée, sans douleur, et enveloppée de nos baisers. Elle qui a tant donné, elle mérite le repos. Depuis des dizaines d’années, pas un jour sans qu’on nous demande « comment va ta maman ? » – « elle tient le coup ». C’est vrai, elle tenait le coup, Mamie, mais de plus en plus difficilement, et tellement fatiguée ces derniers mois. Peu à peu, son univers quotidien s’est rétréci, mais pas son appétit de vie. Elle passait toujours des heures au téléphone, à réagir vivement aux infos, à cotiser, à transmettre, à s’enquérir du destin de chacun. Notre Mamie universelle n’a rien lâché, jamais, et accompli sa mission de partage jusqu’au bout. C’est une évidence : Mamie a vécu par le cœur, par les élans et les émotions généreuses de son cœur, par son bon cœur ouvert à tous, tellement pénétrant qu’il bat en nous, maintenant ! Oui, on peut vraiment dire de Mamie qu’elle avait bon cœur ! S’il n’avait pas été bon, il n’aurait pas pu la mener jusque 89 ans avec toute la surcharge de travail imposée par la déformation de ses pauvres os, et tous les sacrifices qu’elle a assumés. Quelques phrases dérisoires ne peuvent pas résumer une vie aussi riche, une histoire foisonnante ponctuée de grandes douleurs et d’une multitude de petits bonheurs simples. Tous ici, vous avez partagé avec elle certains de ces durs moments et de ces bonheurs. De vos témoignages se forme un nuage de mots qui trace son portrait, et que je vous livre en désordre : Bienveillance, joie de vivre, droiture, talent, générosité, lumière, respect, simplicité, curiosité, engagement, abnégation, gentillesse, admiration, camaraderie, dévouement, fidélité, jeunesse, exemplarité, sourire, libération, compassion, soutien, dignité, ténacité, famille, discrétion, vitalité, confidente, amitié, et surtout affection et courage. Si tout çà n’est pas de l’amour, çà y ressemble terriblement, et çà y mène tout droit. Puisse ce petit nuage la porter jusqu’à cette autre vie où ne règne que l’amour. Et Dieu fasse qu’elle y retrouve notre papa, ses parents et tous nos êtres chers partis avant nous. Papi et Mamie, ces deux-là n’étaient pas faits pour être séparés, et il y a du bonheur en plus là où ils sont aujourd’hui réunis. Bien sûr, elle acceptait son âge et la perspective de s’en aller, bien sûr elle avait livré ses dernières volontés, mais elle aimait trop la vie pour renoncer à tenir encore et encore, à donner encore, à aimer encore. Jusqu’à son dernier jour à l’hôpital, elle a réussi à saisir et à partager ses petits bonheurs avec une équipe soignante admirable. Mamie aimait tant la vie, même douloureuse, même handicapée, même au bout du rouleau, qu’elle aurait bien signé pour 10 ans encore. On dit « place aux jeunes », mais les jeunes ont pris toute la place dans sa vie, elle leur a fait la meilleure place. Cette jeunesse autour d’elle l’a aidée à garder son ardeur, et elle a donné en retour à ces jeunes de quoi trouver à leur tour les voies des bonheurs simples, et à les transmettre. Beaucoup, beaucoup lui doivent d’avoir tenu bon, repris pied au moins une fois dans leur vie où le sort était méchant. Elle avait tellement de compassion pour les gens en détresse qu’elle se faisait souvent plus de soucis que ceux là même qu’elle voulait soulager. Comme vous l’avez connue et aimée, gardez là ! Gardez là en vous, gardez là dans vos souvenirs, dans vos récits, dans vos références, gardez là en vie dans votre vie. Naturellement, beaucoup la connaissent comme une militante fidèle depuis 40 ans à ses convictions de justice, d’écologie, d’équité et de bon sens. Nous gardons le goût revigorant de ses milliers de gâteaux préparés pour les bonnes causes, de ses milliers de crêpes qui ont fait le succès de nos stands, de ses innombrables créations de couture dont Dominique parlera mieux que moi. Mamie était de toutes les causes de la vie, de chaîne humaine en porte à porte, de sa sobriété de consommation à son exemple moral, et c’est aussi pour cela que ces causes étaient de bonnes causes. Par égard pour Mamie la battante, n’abandonnons pas ces combats. Si quelqu’un représente bien le slogan « la vie continue ! » c’est bien notre Mamie ! Mamie a eu tant de cordes à son arc que cet arc est devenu une lyre, où tous ses talents vibraient en harmonie. Écoutons longtemps encore cette musique en nous. Tous ces talents reçus en don, en grâce, ou bien acquis à force de travail, elle les a mis au service des autres. Y a t il plus belle définition de l’amour ? Rien ne lui fait tant plaisir que de réunir sa famille, et sa grande famille d’amis, alors ce sourire sur son visage est bien là aujourd’hui, parmi vous. Toutes ces qualités ne font pas d’elle une sainte, et c’est tant mieux. Elle avait parfois des trop pleins d’énergie sous forme d’agacements, de petits égoïsmes familiaux ou des exigences difficiles à suivre, mais nous ne l’aurions pas tant aimée si elle avait été parfaite. C’est parce qu’elle est proche de nous, de nos générosités comme de nos petitesses, que son rayonnement est si grand dans tant de vies, et le restera. Une vieille maman s’en va, mais une maman çà n’a pas d’âge pour ses enfants. Elle est l’incarnation de la vie, une source de vie permanente dont nous avons tout le temps besoin. Cette source se tarit, et notre monde devient froid, terne, sale…. mais jamais sans espoir. Mamie a tenu avec cette pulsion vitale plus forte que tout : nous apporter son affection protectrice et son aide. Elle n’y a pas failli un seul instant, de 21 à 89 ans, avec la même passion, la même efficacité, le même trop-plein d’âme, la même foi aimante. Maintenant libéré de son corps de souffrances, son esprit continue de se nourrir de l’affection de tous ceux qu’elle aime et qui l’aiment; Dieu sait qu’ils sont assez nombreux pour remplir sa nouvelle vie, là où nous la rejoindrons un jour. Je m’arrête de parler. Je regarde en moi, je ne vois qu’un enfant qui a perdu sa maman. Et çà fait bien mal ».

Puis sa fille Dominique parla à son tour, la voix empreinte d’émotion :  « Mamie, Depuis si longtemps je t’appelle « Mamie », c’était devenu ton prénom… Tu m’as mise au monde un 10 novembre et tu nous quittes un 10 novembre ! « Coquin de sort » chantait Georges Brassens, tu connaissais bien ses textes tant Papi l’écoutait ! Première à l’école, petite fille studieuse et appliquée, tu nous as transmis l’attachement au travail bien fait…Ton écriture si ronde et minutieuse, combien l’ont admirée ! Ta destinée était de devenir prof, prof d’enseignement ménager. Lingère-brodeuse après tes études à « Valentine Labbé », tu voulais continuer, soutenue par les gens de métier… C’était sans compter sur tes aptitudes sportives, « championne des Flandres du 200m » ! C’est alors que Papi a croisé ton chemin et que tout a basculé. Finis les bancs de l’école que tu adorais, Maman au foyer, le choix était fait ! Une maman attentive, protectrice…Mais ne laissant rien passer ! Tu nous as appris la droiture et la sincérité. Pour autant, tu n’es pas restée enfermée, bien au contraire, quelle vie trépidante ! Toi, lente de nature, il t’a fallu suivre le rythme effréné de Papi… Brave petit soldat, tu attendais son retour patiemment…l’école, la gym et les compétitions le dimanche….Les 35 heures n’étaient pas de mise à l’époque ! La colo à Wormhout, la « cama », le camp d’ados puis la colo en Bretagne et enfin le CENH…. Tu t’es investie dans toutes les entreprises familiales en y mettant « tout ton cœur » et toute ton énergie ! De l’intendance pour 250 personnes à la colo, la pyrogravure, la couture, la cuisine à la cama en passant par des centaines de costumes confectionnés par tes mains devenues si douloureuses… Ces mains ont cousu, tricoté, confectionné des centaines de gâteaux dont celui au chocolat que tu es la seule à faire si bien ! Ton cœur, tu l’as ouvert à tous, à ta famille mais aussi à tous ceux qui ont croisé ton chemin… 89 ans d’application pour bien faire, 89 ans tournés vers les autres, ton mari, tes enfants, tes petits enfants, tes parents au crépuscule de leur vie et tes arrières petits enfants…et d’autres, des centaines d’autres enfants qui t’appelaient « Mme Trédez » puis « Mamie » eux aussi, sans aucune jalousie de notre part… Tu as marqué ton entourage par ta profonde humanité, par ton affection naturelle et ta simplicité. « C’est l’amour, la franchise, la compréhension, le respect de l’autre qui doivent sans cesse vous guider » écrivais-tu à tes petits enfants s’engageant dans leur vie de couple…. Ton cœur de Mamie, ton amour, ton attention…ces mots ont recouvert des dizaines de petits papiers pour chacun d’entre nous. Avoir la volonté d’être heureux à travers toutes les tempêtes, tu nous l’as démontré ! Pour terminer, il le faut bien…J’ai trouvé un petit texte d’Anne Sylvestre que tu aurais sûrement aimé… Il s’intitule : « Aiguillée » : « L’aiguillée, c’est l’exacte longueur de fil ou de coton nécessaire à la brodeuse pour réaliser son motif. Si ton aiguillée est trop courte, elle devra s’arrêter en chemin, faire un point d’arrêt puis un nouveau nœud pour en repartir une nouvelle, mais ça sera moins beau si on retourne l’ouvrage, et la broderie se juge aussi par son envers. Si en revanche l’aiguillée est trop longue, cela fera du gaspillage, car le bout restant sera trop court pour repartir un motif. Sans compter qu’un très long fil oblige à faire des gestes de bras excessifs, qui retardent le mouvement ? C’est tout l’art de la brodeuse, de savoir organiser son travail en respectant à la fois l’économie et la beauté de l’ouvrage… » « ….A l’image de ces brodeuses, si prévoyantes quant à la longueur de leur fil je me dis parfois qu’on devrait mesurer la longueur de patience qu’il faudra pour vivre certaines choses, la longueur de peine ou de douleur nécessaire pour vivre les chagrins, mais ne pas oublier la longueur illimitée du bonheur à vivre et à donner, pelote qu’on laisse se dévider, se dérouler sans qu’il est besoin d’y faire un nœud. Savoir bien mesurer sa dernière aiguillée… » Anne Sylvestre : extrait de son livre « Coquelicot ».

« Elle disait si souvent « Merci » et c’est maintenant à notre tour de lui dire un immense MERCI ! »

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3 Commentaires

Publié par le décembre 29, 2016 dans Actualité du Quartier, Mémoire du Quartier

 

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3 réponses à “Une bien belle personne…

  1. chris

    décembre 29, 2016 at 2:16

    Je ne connaissais pas cette dame mais ces quelques lignes suffisent à montrer quel être exceptionnel elle devait être et grâce à cela le bonheur qu’elle a pu procurer et qui doit continuer aujourd’hui malgré tout, c’est un très bel hommage.

     
  2. zabukovec

    décembre 30, 2016 at 8:28

    Je l’ai toujours appellée m-me Tredez!!
    Je l’avais encore eue au téléphone un peu avant qu’elle nous quitte,nous avions une admiration sans borne pour elle,malgré la douleur,elle m’a encore donné de précieux conseils,en riant!
    Sa voix restera toujours gravée dans mon coeur,et ses lettres de voeux me manqueront
    tellement,nos cinq enfants sont tous allés à la « cama »et en ont un beau souvenir
    Merci pour ce bel hommage Marie Z et sa tribu

     
  3. salle

    février 18, 2017 at 2:49

    je suis allée à la cama que de souvenirs je la voit encore avec son mari en vélo tant de gentillesse et de courage c’était une grande dame et un exemple pour tous

     

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