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CinéMachina le dimanche 24 janvier 2016

22 Jan

cinemasexpose

Lille 3000, édition 2015-2016, se termine à peine qu’il faut surtout continuer ce bel élan de nos sorties tous azimuts où nous enfilions, comme des perles, des expos, des spectacles, des animations et des ateliers… Que faire alors dimanche prochain ? Ne vous inquiétez pas, les villes de la Métropole ont de bonnes ressources et c’est vers Roubaix que nous allons orienter notre projecteur (c’est le cas de le dire !) ce dimanche, dans le bâtiment historique de La Condition Publique, cet endroit merveilleux dont nous vous avons déjà parlé lors de notre article sur l’Usine de Films Amateurs de Michel Gondry, en novembre dernier. « La Condi », pour les intimes, est un lieu qui, décidément, se prête parfaitement aux activités cinématographiques et qui vivra à l’heure du cinéma argentique pendant toute une journée ; vous y trouverez des passionnés qui vendront du matériel, des projecteurs, des films, des pièces détachées, des affiches, des documents papier et aussi du matériel son, des DVD, des photos, des livres… bref, tout ce qui est en rapport avec le cinéma, sans compter que vous y trouverez aussi des Bandes Dessinées !

Cinémachina

Vous pourrez vous détendre dans une chaise longue, en regardant des extraits de films, des publicités anciennes et voir ainsi fonctionner des projecteurs. Des associations cinématographiques seront présentes pour répondre à vos questions et vous donner des conseils en ce qui concerne la projection, l’entretien du matériel, la numérisation de vos films, etc…

Détail non négligeable, le restaurant sur place – appelé « L’Alimentation » – sera ouvert dès le matin pour le « p’tit noir » et ensuite pour la restauration le midi mais aussi en version Bar toute la journée.

Bref, vous retrouverez le cinéma tel qu’on le voyait au début de siècle dernier ! Vous savez, à l’époque, c’était une des seules façons de découvrir le monde extérieur tout en étant une distraction très importante…

Je viens de rencontrer un voisin dont le papa, au début du siècle dernier,  fabriquait et vendait des jouets en bois rue du Faubourg de Roubaix, au 155 précisément, lieu où l’on peut encore voir le porche donnant sur une cour pavée ; cette personne se souvient très bien du cinéma de notre quartier Saint-Maurice-des-Champs (appelé en effet ainsi à l’époque). Eh bien, ce cinéma, lui, s’appelait tout naturellement  « La Mauricienne » !

Le Mondial

Il s’en souvient d’autant mieux qu’il était présent lors de l’incendie qui  détruisit ce cinéma, en 1939, alors qu’il assistait à une séance de Dessins Animés du jeudi, organisée par le patronage. La pellicule avait alors trop chauffé, ce qui était toujours l’angoisse des machinistes. La salle avait donc été évacuée, sans panique toutefois, et les spectateurs, composés essentiellement d’enfants, furent heureusement sains et saufs, ainsi que le projectionniste et le musicien. Oui, le musicien, car à l’époque des films muets, la musique était toujours jouée en direct au piano par un pianiste qui improvisait en fonction de ce qu’il voyait à l’écran, mettant ainsi en relief les passages principaux du film. Mais, à la suite de cet incendie, « La Mauricienne » dut fermer ! Notons qu’à cette époque-là, la ville comptait 27 cinémas ; les habitants de notre quartier purent donc se rabattre sans problème sur « Le Fives-Palace », 11 Place Madeleine Caulier, donc très proche, ouvert, lui, depuis 1927 ! Les cinémas  étaient très différents les uns des autres et allaient de la petite salle, au fond d’un café, au palace luxueux comme ceux de la rue de Béthune ou « Le Mondial » à Wazemmes,  (voir la photo). Ces derniers rivalisaient de faste et de luxe ; certains pouvaient être très grands et accueillir jusqu’à 1200 spectateurs à la fois… Leur décor était alors très chic, avec de lourdes  tentures et des lustres partout. L’accueil et la conduite au siège – fauteuil en bois d’abord, puis en velours ensuite – étaient assurés par celle qui exerçait le métier d’Ouvreuse et qui vendait d’ailleurs également, à l’entracte, des bonbons, caramels mous, esquimaux et chocolats glacés, vente qu’elle annonçait en criant à tue-tête tout en tenant un panier d’osier attaché autour du cou, rempli des gourmandises annoncées. Il était de bon ton de lui donner un pourboire car c’était son seul salaire. Il y avait toujours une première partie de séance où, non seulement  un documentaire était projeté, mais surtout  les actualités du moment que l’on pouvait ainsi découvrir, autrement que par les journaux, ce qui était très appréciable, tant que la télévision n’avait pas fait son apparition, et même par la suite, quand elle arriva car elle fut rare, pendant longtemps, dans les foyers… Bien-sûr, c’était aussi l’occasion de faire de la publicité, introduite dès le début des années 20. Encore balbutiante, car il s’agissait en fait, à l’époque, de rideaux publicitaires peints que l’exploitant de la salle descendait devant l’écran. Pour être plus précis, on ne disait d’ailleurs pas alors « de la publicité » mais « de la réclame » et on parlait plutôt de rideaux-réclame !

En France, c’est Jean Mineur qui fut le pionnier dans ce domaine. Né en 1902 à Valenciennes, il fut doté, très jeune, d’un sens inné du commerce puisque, encore enfant, il eut l’idée de récupérer les copeaux de bois chez son père, menuisier, et d’aller les vendre avec une brouette, dans son quartier, comme petit bois de chauffage ! Dès 1924, il propose aux commerçants de Valenciennes de faire la promotion de leur magasin dans les salles de cinéma de la ville et fonde, en 1927, une agence générale de publicité puis, en 1936, une société de production de films publicitaires : « Publicité et films Jean Mineur ». Monté à Paris, il installe sa société sur les Champs-Élysées et obtient un numéro de téléphone qui le fait rêver : le fameux Balzac 0001. Ce numéro nous devint, rapidement, très familier et  fut d’autant plus facile à retenir après la création du logo qui apparaissait à la fin de la première partie de séance. Dès 1950, voilà la mascotte de Jean Mineur : sur un air devenu célèbre, un petit mineur sympathique, portant une pioche qu’il lance et qui atteint le centre d’une cible ; le « 1000 »  s’inverse alors pour afficher le numéro de la société publicitaire : 1000 devient ainsi (BALZAC) 0001 ! En 1970, la société de Jean Mineur fusionne avec Publicis, pour devenir ensuite Médiavision jusqu’à nos jours. Cette société conserve la mascotte et le numéro de téléphone est devenu 01 47 20… 00 01 (zéro, zéro, zéro, un !). Les archives de l’INA qui suivent vont rappeler des souvenirs à certains d’entre vous.

Cliquez ici pour retrouver avec émotion Jean-Mineur au JT

Le kinétoscopeMais si la publicité a bien évolué depuis les premiers rideaux-réclame, vous pourrez suivre aussi à Roubaix l’histoire du cinéma parlant qui a commencé le 27 novembre 1929, avec la première projection en France du film où l’on pouvait entendre la voix de Maurice Chevalier. que les Lillois ont pu alors découvrir au « Familia », 27 rue de Béthune.

Ceux d’entre vous qui ont visité l’exposition « Détroit » – qui vient de se terminer et qui était organisée dans le cadre de Lille 3000 – eh bien, ceux-là ont eu la chance de voir la version originale du 1er film au monde : « Sally Gardner at a gallop », réalisé en 1880 ! Un photographe, Eadweard J. Muybridge, voulait comprendre le pas du cheval au galop parce que les gens se demandaient tous si, à un moment, les quatre pattes du cheval quittaient le sol en même temps, ce que l’œil ne pouvait saisir à cause de la vitesse ! Il utilisa donc un kinétoscope (voir l’image ci-contre), dispositif destiné à visualiser une succession d’images photographiques en donnant l’illusion du mouvement ! Voici  ci-dessous ce fameux cheval, présenté ici sous forme de GIF (Graphics Interchange Format).

Sally Gardner at a gallop

Alors, j’espère que tout ceci vous aura donné envie de rester plongé dans le monde du cinéma argentique. Dimanche, Roubaix méritera sans conteste, une fois de plus, son slogan : « Roubaix, ville d’Art… ». Oui, mais là, à La Condition Publique, ce sera surtout le 7ème… art qui sera à l’honneur !

Le mot du geek : le 08 avril 2012, pour le 182ème anniversaire de E.J.Muybridge, le doodle de Google représentait le cheval Sally Gardner !

Doodle de Google

Cliquez sur l’image pour voir l’animation

 

 

 

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Une réponse à “CinéMachina le dimanche 24 janvier 2016

  1. Catimini

    janvier 22, 2016 at 7:39

    Il me revient que…. je crois qu’il y avait un cinéma à Lille angle rue de la Bourse, rue Le Pelletier? Qui peut me confirmer? C’est « Fantasia » que j’ai vu là me semble t-il.

     

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