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Pourquoi Philippe aime le Quartier

04 Août

Voilà une heureuse surprise ! Le texte qui va suivre nous est arrivé tout chaud par mail. L’un d’entre vous, un de nos followers -suiveurs en français- a eu la gentillesse de « sortir du bois » et de  participer au blog à distance en nous envoyant son article à faire paraître, ce que nous nous empressons de faire aujourd’hui.

Bienvenue donc à Philippe, notre nouveau rédacteur dont on espère faire la connaissance lors de son prochain séjour sur Lille…

Pellevoisin, un village en ville

phb495Je suis né à Lille boulevard Vauban le 4 septembre 1954. J’ai vécu de ma naissance jusqu’en 1973 à Pellevoisin. Avec une bonne mémoire je vais pouvoir vous raconter un peu d’Histoire sur le quartier Pellevoisin, c’est à dire ce petit bout de Lille perdu au fond du faubourg St-Maurice de Lille et plus précisément le secteur à la limite de Lille (Buisson) et Marcq-en-Baroeul (May-Four), car à cette époque nous considérions un endroit au sens de paroisse car le May-four n’a pas d’église et de plus situé très loin du centre de Marcq-en-Baroeul. De ce fait les habitants de ce quartier vivaient leur quotidien avec leurs voisins habitants sur Lille.

Dans mon univers d’enfant je fixais mes propres limites à mon quartier. À l’ouest la rue du Buisson sur toute sa longueur, à l’est tout ce qui se trouve dans cette enclave à demie ceinturée par la ligne de chemin de fer Lille-Calais. Cette ligne de chemin de fer était une sorte de protection car notre quartier ne pouvait servir de lieu de traversée pour se rendre vers Marcq ou Mons, car aucun pont ou passage à niveau n’existait ; ça n’a pas changé. La circulation automobile y était donc moins dense de ce fait. Voilà le décor est planté même si ce ne sont pas les véritables délimitations administratives.

Mes grands-parents sont arrivés dans le quartier en 1939. Nous demeurions au 5 de la rue Marcel Hénaux (Marcq) et nous sommes restés à cette adresse durant 2 générations. A noter qu’avant la guerre de 40 toute la rue qui s’étendait sur les 2 villes portait le même nom : rue Fémy. Marcel Hénaux mort en déportation a donné son nom à la libération à la partie de la rue située sur Marcq . Côté Lille la rue Fémy gardat son nom. Déjà à cette époque ce petit quartier avait bonne réputation, la vie y était tranquille. C’était presque un village. Notons que de nos jours le quartier qui s’est tout de même endormi faute de petits commerces locaux bénéficie toujours d’une relative tranquillité malgré les méfaits de toutes sortes que l’on rencontre à notre époque troublée.

on appelait ça le raccroc qui est une tradition du Nord…

Après la libération en 1944 la vie reprend son cours normal, et la ducasse de Rouges-Barres revient. À cheval sur Lille et Marcq elle s’étendait du « Y » formé par la rue du Buisson et la rue de Rouges-Barres jusqu’au pied de « la passerelle » tout en bas de la rue de Rouges-Barres, il y avait un manège à chaque croisement, et nombre de roulottes et baraques s’installaient tout le long de la rue. La fête battait son plein durant les 3 jours traditionnels d’une ducasse, soit du samedi au lundi soir, le lundi on appelait ça le raccroc qui est une tradition du Nord. En ce temps là, la circulation automobile était très réduite et les manèges occupaient la chaussée, bloquant tout passage. Petite anecdote, le manège d’autos-tamponneuses s’installait juste devant chez moi et permettait tout juste de rentrer à la maison, les piliers du manège rasaient les murs et les volets ne pouvait plus se fermer. L’ambiance à l’époque était bon enfant et aucun incident ne se produisait. Ni ivresse ni bagarres. D’après mes souvenirs cette ducasse s’est arrêtée vers 1962.

bch-chevauxDécrivons le quartier. Jusqu’en 1959, 1960, les rues de Pellevoisin étaient toutes pavées ; de ces gros pavés que l’on peut encore voir sur le parcours de la course cycliste Paris-Roubaix. La première à être macadamisée fut d’un côté la rue de Rouges-Barres (Marcq) et de l’autre la rue du Bois (Lille). Les chariots hippomobiles circulaient encore, notamment les charrettes de livraison de la brasserie « Le Coq Hardi ». Elle se situait à droite en descendant la rue de La Louvière, après le croisement avec la rue des Vicaires. On entendait arriver de loin ces lourdes charrettes dont les roues ferrées faisaient du bruit sur les pavés ; ajoutez à cela le martèlement des pieds de chevaux (de grosses juments de trait) dont les fers faisaient jaillir parfois des étincelles lorsqu’ils heurtaient les pavés. Notons également que la brasserie sus citée faisait circuler des camions électriques mus par un système de chaîne qui cliquetait bruyamment. Cela faisait penser à des tanks. Des camions à énergie électrique (par batterie) c’est étonnant n’est ce pas en ces années 50.

On à peine à croire qu’à l’époque dont je parle : de 1955 à 1965 à peu près, la vie soit encore si simple, si paisible ; presque rurale. La vie locale était animée, en ce temps là les gens se déplaçaient encore à pieds la plupart du temps. On pouvait faire ses courses dans un rayon de 500 mètres. A titre d’exemple voici la liste des commerces implantés dans la rue Fémy et Marcel Hénaux qui, je le rappelle, n’en faisait qu’une, étant mutuellement en prolongement l’une de l’autre.

Vous aviez sur une longueur de 450 mètres : 2 épiceries, 1 horloger, 2 boucheries, 1 boulangerie, 1 marchand de vins, 1 cordonnier, 1 marchand de charbon 1 serrurier et enfin 1 ambulancier. Nous avions même 1 cinéma rue de Rouges-Barres ! Si on prend comme axe central l’église de Pellevoisin, nous avions dans un rayon de 800 mètres une cinquantaine de commerces en tous genres. Il n’y avait même pas de « superettes » en ce temps là, les hyper-marchés n’étaient pas encore « inventés ». C’était le bon temps comme on dit…

la ferme Desmet et la ferme Courouble

A présent je vais vous parler d’un décor quasiment champêtre à Pellevoin. Un décor champêtre à Pellevoisin ? Dans un faubourg d’une grande ville comme Lille ? Et bien oui ! Et cela a existé jusqu’en 1964. Je vais vous parler de 2 fermes, oui des fermes existaient à Pellevoisin. La ferme Desmet et la ferme Courouble. Situons les.

Vache_bleue_de_l'avesnoisLa ferme Desmet se trouvait à l’emplacement de la résidence Marjolaine rue Marcel Hénaux (Marcq) et s’étendait jusqu’à la rue Faraday parallèle à la rue Marcel Hénaux. Elle était donc à la frontière des 2 villes. C’était une vraie ferme à l’ancienne, on y voyait en liberté poules et canards. Tous les jours le fermier attelait le cheval à la carriole et quittait la ferme pour rejoindre ses champs éloignés. Chaque soir les vaches rentraient de la pâture située au bout de la rue Fémy et parcourait chaussée et trottoirs laissant au passage quelques souvenirs odorants. On allait chercher chez Desmet lait et œufs frais dans l’atmosphère typique de vieilles fermes où l’odeur de la paille se mêlait à l’odeur musquée de l’étable attenante. Je crois que cette ferme remontait au 19è siècle. Hélas le monde moderne était en marche et la ferme fut vendue aux promoteurs immobiliers (tiens cela me fait penser à la chanson de J.Dutronc). Au printemps 1964 les fermiers s’en allèrent, laissant la ferme telle qu’elle. Cette ferme abandonnée devient un immense terrain de jeux pour tous les gamins du quartier, qui s’en donnèrent à cœur joie. Je me souviens que nous prenions plaisir à casser toutes les vitres à coups de cailloux en toute impunité. Nous grimpions partout même sur les toits. En ce temps là les notions de danger ou de sécurité étaient ignorés, et aucun accident ne fut à déplorer. Tous les jours nous allions jouer dans cette ferme, négligeant les devoirs de classe. Je me souviens que mon bulletin scolaire ne fut pas fameux pendant cette période. À l’automne 1964 les camions et les grues arrivèrent. La ferme fut rasée et les appartements de béton sortirent de terre. Une époque s’achevait.

La ferme Courouble était plus importante. Elle occupait toute la superficie du Parc St-Maur actuel. Et toutes les résidences qui le composent. Le corps de ferme principal était approximativement à l’emplacement de la résidence Citeaux. Pour y parvenir une allée pavée débutait juste devant l’école maternelle Jules Simon (rue du Buisson) que j’ai fréquenté. Autour, des pâtures où les vaches paissaient paisiblement. On allait également à cette ferme pour s’approvisionner en lait, œufs et fromages. Le bon parfum du lait et du beurre monte encore à mes narines à cette évocation. Les pâturages de cette ferme s’étendaient jusqu’à l’avenue de la République près du carrefour St-Maur. Hélas presque en même temps que la ferme Desmet, la ferme Courouble dut céder la place aux grands ensembles bétonnés (Résidence Citeaux, Breteuil, etc…). La boulimie du béton était à cette époque presque à son apogée.

saint-maur

un grand labyrinthe végétal, une petite chaumière…

Voici maintenant un lieu de loisir : La Funquée (situé à l’angle de la rue du Buisson, et de la carrière de la Funquée qui doit son nom à La Funquée dont je vous parle et que je vais maintenant décrire. Il s’agissait d’un endroit principalement constitué d’un grand labyrinthe végétal au centre duquel on trouvait une petite chaumière ou estaminet qui servait de buvette à ceux qui souhaitaient se désaltérer après avoir vaincu le labyrinthe et découvert son issue. Au fond on trouvait de grandes balançoires et autres petits manèges qu’on voit dans les parcs pour enfants. Mon père m’y emmenait en 1959, 1960. D’après mes souvenirs cet endroit faisait penser à une petite guinguette. D’ailleurs n’en était elle pas une. La Funquée fut également « sacrifiée  » sur l’autel du béton lors de la construction des résidences du parc St-Maur vers 1963,1964.

Tiercé aux cochons

Pour terminer ce tour de Pellevoisin je finirai par l’église ND de Pellevoisin justement, et sa grande kermesse qui attirait du vendredi soir au dimanche soir des centaines de spectateurs et visiteurs. Je ne sais plus en quelle année débuta cette kermesse, disons vers 1964 mais je ne sais plus en quelle année elle disparut. C’était la liesse populaire ! Fondée par la communauté des 2 écoles catholiques du quartier, St-Anne et St-Joachim, la kermesse connut un vif succès. Ce succès augmenta encore avec la création du Tiercé aux cochons.

cochon qui court

Mais qu’est ce donc ça ? Et bien 8 ou 10 jeunes devaient transporter dans une brouette des petits porcelets et effectuer 2 tours d’église. A chaque fois que le porcelet sautait de la brouette le conducteur devait rattraper son cochon, le remettre dans la brouette avant de continuer la course.

Le public de 300 à 400 spectateurs placés derrière des barrières métalliques criaient et encourageaient les concurrents dans une ambiance digne du passage du Tour de France. A noter que le public pouvait parier quelques francs sur le trio gagnant et remporter un petit magot. On peut sourire sur ce pari d’argent qui aujourd’hui rameuterait police et agents du fisc. Mais en ce temps là tout était bon enfant, les gens étaient honnêtes et on ne voyait pas le mal partout.

Voilà mon Histoire de Pellevoisin, j’ajouterai que durant toute mon enfance aucune force de police n’est intervenue dans mon quartier. Déliquance est un mot apparu dans le langage à partir des années 70. Toutefois j’ai vu arriver les pompiers dans la nuit du 4 au 5 février 1965 durant laquelle le second bâtiment de l’école Anatole France (la mienne rue Alphonse Leroy, Lille) fut la proie des flammes et fut entièrement détruit. J’avais 9 ans et je fus très impressionné.

Voilà, j’ai terminé, je vous ai narré mon enfance dans le quartier de Pellevoisin où je me rends encore car une partie de ma famille y est restée. Je suis content de constater que Pellevoisin a su garder sa tranquillité quand d’autres quartiers dans tant de villes ont dégénéré de façon catastrophique. Assurément Pellevoisin porte allègrement le poids des années.

Je vous livre mon texte et vous prendrez ce qui vous intéresse, en tous cas tout est authentique.

Je vous adresse mes sentiments les meilleurs.

Merci pour ce témoignage Philippe ! A bientôt peut-être ? L’équipe du blog vous attend tous les lundis de 14h à 15h30 au Centre Social Saint-Maurice Pellevoisin (dans le cyber-espace au 1er étage).

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6 réponses à “Pourquoi Philippe aime le Quartier

  1. mtldlille

    août 4, 2015 at 3:39

    Un grand merci à Philippe : je découvre mon quartier d’adoption…lilloise depuis 1999.
    SUPERBE TEXTE

     
  2. frederic

    août 4, 2015 at 4:10

    whouaaaaaaaaaaa que de souvenirs très beau récit bravo fifi

     
  3. mam

    août 5, 2015 at 6:55

    Merci Philippe pour ce superbe texte plein de souvenirs J’ai pris bcp de plaisir à imaginer derrière le Pellevoisin de 2015 celui d’avant’celui dont me parlaient si souvent mes beaux parents qui y ont séjourné plus de 50 ans

     
  4. salle

    février 18, 2017 at 2:38

    merci beaucoup philippe je lis avec joie les details du quartier de mon enfance ou j’habites encore rue fémy

     
  5. Arlette HOUZET

    octobre 21, 2017 at 4:20

    Merci beaucoup, Philippe de ce très beau récit, sur le quartier de Pellevoisin.
    J’ai habité avec mes Parents et mes sœurs à Lille rue du Buisson et ce jusqu’en Décembre 1968 date de mon Mariage.
    J’en ai gardé un très bon souvenir.
    Nous étions à Lille avec l’impression d’être à la campagne.
    J’ai connu les voitures attelées de la Brasserie du « Coq Hardi ». Curieux spectacle à voir, pour une petite gamine de 10 ans à l’époque !!!

    Arlette GOSSART

     

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